Eté de grâce

Eté de grâce

Le triomphe de l’Italie à la Coupe du Monde espagnole de 1982 avait fait sensation : les grands favoris de la compétition étaient l’Argentine, détentrice du titre et renforcée par la présence de Maradona ; et surtout le Brésil, fort de son armada de joueurs d’exception : Falcão, le « huitième roi de Rome » ; Zico, le « Pelé blanc » ; Sócrates, le « talon de Dieu » ; Serginho, « la Mitraillette » ; Cerezo, poumon de l’entrejeu ; Júnior, arrière gauche de la Seleção et futur meneur de jeu du Torino ! Beaucoup comparaient cette sélection à la légendaire formation brésilienne de 70 guidée par le Roi Pelé. À l’embarquement de la Squadra Azzurra au vol pour Madrid, peu de gens auraient alors misé sur l’Italie pour s’asseoir bientôt sur le toit du monde du ballon rond. Car l’équipe de Bearzot, si prometteuse quatre ans plus tôt en Argentine, était l’objet d’une accumulation de critiques au pays du catenaccio. En particulier pour la non-sélection des buteurs Pruzzo le Romaniste et Giordano le Laziale, en remplacement de Bettega blessé, le sélectionneur faisant confiance à Altobelli pour accompagner un Paolo Rossi qui venait tout juste de reprendre la compétition après deux ans de suspension pour son implication dans le scandale des paris truqués.

Boycott médiatique

Face à l’avalanche des attaques des journalistes autour de cette équipe, ses responsables décidèrent le boycott de la presse transalpine, déléguant tout contact extérieur au seul Dino Zoff, gardien d’expérience aussi peu loquace que portier hermétique sur sa ligne de but. Les premiers matchs du tournoi confirmèrent les impressions négatives exprimées dans la péninsule italienne et partagées par de nombreux observateurs étrangers : 0 à 0 face à la Pologne, 1 à 1 contre le Pérou et le Cameroun. C’est de justesse que l’Italie accéda au second tour, à la différence de buts.

Résurrection

Au second tour, la Squadra Azzurra était opposée aux épouvantails argentin et brésilien. Et là, se produisit la résurrection de Paolo Rossi qui allait sceller le sort de ce Mondial. Métamorphosée par sa victoire sur le tenant du titre, la sélection italienne défia le super favori brésilien qui avait seulement besoin d’un nul afin de poursuivre le parcours glorieux qui lui était promis à 2 buts partout en fin de rencontre. Très solides en défense et pratiquant l’art du contre, les hommes de Bearzot déjouèrent cependant les pronostics, profitant de l’excès de confiance des Auriverde qui continuèrent à attaquer en découvrant leurs arrières. Les Italiens éliminèrent le Brésil grâce à un hat-trick de Rossi.

Grâce d’État

Les Azzurri en état de grâce éliminèrent ensuite la Pologne (privée de sa star Boniek, suspendu) qui les avait tenus en échec en poule qualificative. Ils s’ouvraient les portes de la finale où ils prirent le dessus sur les Allemands par 3 buts à 1, Rossi signant sa sixième réalisation de la compétition.

En Italie, on ne manqua pas d’invoquer un miracle pour expliquer ce triomphe inattendu. Une certitude : le boycott des médias avait provoqué un électrochoc qui s’était avéré salutaire. La solidarité et la colère en réaction à tous les commentaires au vitriol dispensés quelques semaines plus tôt avaient soudé la Squadra Azzurra autour de Bearzot, lui conférant un admirable surplus d’énergie. Et soudain, toute la botte italienne était en liesse. Avec la sélection nationale, était acclamé son supporter numéro 1 au plus haut niveau de l’État, le Président Sandro Pertini, qui accompagnait les vainqueurs dans l’avion de retour pour Rome. Les festivités se multiplièrent dans l’Italie de l’année 82, en l’honneur des triomphateurs de la troisième Coupe du Monde italienne. Un été qui voyait arriver à Turin Platini et Boniek, appelés par l’Avvocato Gianni Agnelli pour y écrire à la Juventus de nouvelles pages de gloire. Tandis que Paolo Rossi se dirigeait vers le Ballon d’Or que Platoche gagnerait lors des trois années successives.