Rififi à la FIFA

Rififi à la FIFA

La saison des incendies n’aura pas épargné la FIFA. La première alerte a été la levée de la suspension de Balogun, pour carton rouge, qui a procuré au Président de l’UEFA l’opportunité de monter au créneau, indigné (!) par cette initiative de Gianni Infantino « ayant franchi la ligne rouge ». Ce violent tackle du juriste slovène, appuyé sur le faux pas de son confrère helvético-italo-libanais, a été l’étincelle prodromale de la guerre de succession à la présidence de la FIFA, à neuf mois d’une réélection qui semblait acquise au patron du football mondial.

Auto goal

C’est alors que, grisé par la « réussite » financière du Mondial américain, Infantino annonçait imprudemment son projet (préparé « à l’insu du plein gré » des fédérations et des dirigeants de la FIFA) d’ouvrir aux capitaux privés l’organisation de la Coupe du monde. Après le faux pas, l’auto goal ! À croire que son « amitié » avec Trump aveuglait Infantino au point de lui faire appliquer au sein de la FIFA la diplomatie par la force et la contrainte chère au Président américain. Face au tollé de la part des confédérations et de ses plus proches collaborateurs, menacé du boycott de l’UEFA sur toutes les compétitions organisées par la FIFA, Infantino a été contraint de retirer son juteux projet de privatisation du Mondial. Et voilà servie la chronique incendiaire : Aleksander Čeferin pousse à la convocation d’un congrès extraordinaire de la FIFA, avec comme ordre du jour la destitution d’Infantino. Pour venir à bout de ce nouveau foyer qui embrase les instances du football international, en bon pompier de service, Infantino s’accroche à son poste. Il a immédiatement organisé au Maroc, futur co-organisateur du prochain Mondial, une réunion de crise des hauts dirigeants de l’instance mondiale du football ; à l’issue de laquelle la FIFA a publié un communiqué affirmant que son Président conserve le « plein soutien des membres du Comité de Direction ». Tandis que Čeferin se tourne vers l’inévitable Nasser al-Khelaïfi, patron (entre autres !) de l’ECA, l’Association européenne des clubs, reconstituant le tandem qui avait fait capoter le projet de Super Ligue des clubs d’Andrea Agnelli et Florentino Pérez. Le Slovène, non sans diplomatie, a pris soin d’affirmer à NAK qu’il soutiendrait sa candidature si ce dernier aspirait à la présidence de la FIFA. Rompu au cumul de responsabilités, aux situations de juge et partie, l’incontournable Khelaïfi se trouve désormais au centre du jeu de pouvoir qui oppose les deux principaux dirigeants des instances majeures du ballon rond. Voilà qui promet du sport entre nos trois ambitieux dirigeants. La « campagne électorale » s’annonce incandescente.

Go, no go

Infantino, qui s’est retrouvé isolé, s’est réfugié auprès des fédérations africaines et sud-américaines, ses soutiens acquis à grand renfort de clientélisme et de corruption. On peut compter sur lui pour faire jouer tous ses appuis politiques : tant que la bête blessée n’est pas en fin de vie, l’hallali n’est pas de mise !

Si le triomphant Président du PSG décidait de postuler, il bénéficierait de la fragilisation des deux patrons du foot mondial en plein affrontement, ainsi que de l’énorme poids politique, économique et médiatique du Qatar. En laissant Čeferin endosser le rôle de fossoyeur d’Infantino, NAK pourrait revendiquer le soutien à la fois des partisans du Président déchu, de ses détracteurs et des frondeurs.

Si Nasser al-Khelaïfi préférait rester sagement à l’abri de l’ombre, quelle que soit l’issue de leur duel, ses bonnes relations maintenues avec les deux belligérants l’imposeraient comme arbitre préférentiel de la politique internationale du football.

Et en cas d’émergence d’une candidature d’union au sein d’une cordée installée sur le toit du monde du ballon rond, il serait légitimé comme précieuse mémoire du fonctionnement des deux Institutions et chantre de la coopération intercontinentale.

Ne rêvons pas : la substitution d’Infantino ne mettrait pas fin aux scandales récurrents qui émaillent la longue vie de la FIFA, d’abus de pouvoir en clientélisme et en corruption endémique. Un nouveau patron ne changerait rien au problème structurel de l’Instance : le bandit Infantino avait promis la transparence, mais sa gouvernance ne diffère en rien de celle de son prédécesseur Sepp Blatter, le voyou. Elle est verrouillée par les fédérations membres et empêche toute opposition d’émerger pour contester le bilan du Président ; privilégie la structure globale de l’Institution aux dépens des ligues nationales et des clubs ; et achète les serments d’allégeance. Ce, en toute opacité. Alors, ira ou ira pas ? La décision, faut-il le préciser, sera prise à Doha, en fonction des priorités stratégiques du sport washing défini par l’Émir. Si ce dernier ne souhaite pas accroître la visibilité de son protégé déjà surexposé par ses multiples fonctions, pour un Čeferin comme pour toute autre future candidature d’union, Nasser al-Khelaïfi sera plus que jamais indispensable ; en pole position pour le grand (faux) départ d’une FIFA du renouveau, aussi vertueuse qu’unie ! Un refrain déjà entendu lors de consultations électorales, les promesses n’engageant que ceux qui y croient.

Bonnet blanc…

« Infantino doit partir », conclut Luis Figo dans un récent réquisitoire. Certes, mais vu que les foyers de discorde déclarés au sein de la FIFA sont loin d’être éteints, le machiavélique Infantino, habitué à jeter de l’huile sur le feu, n’hésitera pas à arroser copieusement pour ratisser large. Les 5 milliards de dollars disponibles dans la cagnotte de la FIFA devraient lui permettre de faire étalage de sa générosité en dispensant une manne électoraliste attractive ; qu’il aurait pu mettre à profit depuis une décennie pour, par exemple, développer les structures sportives africaines ; créer des écoles d’arbitrage à travers le monde afin de former des referees compétents assurant la stricte application des règles du jeu ; pour encourager le fair play, etc.

Mais ne nous leurrons pas : Čeferin et Infantino partagent une même cupidité, la même boulimie de nouvelles compétitions greffées sur un calendrier déjà asphyxié ; au détriment de l’intégrité physique et de la santé des joueurs, de la qualité du spectacle ; en imposant aux hommes en noir le laxisme aveugle d’un arbitrage hypertolérant qui encourage la violence et les mauvais comportements, à l’encontre de l’éthique sportive et du respect du règlement. Vrai, pour l’avenir d’un changement de gouvernance du ballon rond, entre la peste Infantino et le choléra Čeferin, c’est bonnet blanc et blanc bonnet : avec eux, il y a peu d’espoir à nourrir. De là à laisser tomber les clefs du camion de la FIFA dans les mailles du filet de l’ancien tennisman (un as du sévice !) Nasser al-Khelaïfi, déjà considéré comme la personnalité la plus influente du football ; très riche Ministre sans portefeuille qui a fait l’objet de plusieurs accusations de corruption et de poursuites judiciaires… Lui, fidèle serviteur d’un État utilisant le foot pour laver son image internationale de banquier du terrorisme islamiste ! Quant à l’émergence d’un quatrième larron pour coiffer sur le poteau le trio de tête, elle n’est pas à exclure. Sans oublier que le diable que l’on connaît, dit-on, est souvent préférable au diable que l’on ne connaît pas.

Coup de torchon

Le torchon brûle entre les instances dirigeantes du ballon rond. Pourtant, la FIFA n’est pas à la veille de partir en cendres. Car en ces temps de rififi dans la maison du Ballon d’Or, plus que jamais, le Veau d’Or reste bien debout. Comme ils s’enflamment et se déchirent aujourd’hui, les grands maîtres du jeu peuvent s’apaiser et se réconcilier demain. Au nom d’une sacro-sainte mission éducationnelle guidée par leur noble vocation.

Alors, amis de Tiro Libre, ne soufflons pas sur les braises. Et rassurez-vous : dès mardi prochain, nous comptons bien oublier les magouilles des têtes mal-pensantes du football pour replacer le ballon au centre de nos réflexions !