Bleus espoir

Bleus espoir

Pour ses premiers pas à la tête de l’Équipe de France, Zinédine Zidane est accueilli comme le messie… Au moment où son homonyme argentin se retire du concert international. À défaut de miracles, la France attend de nouveaux exploits de sa légende du sport devenue une de ses figures les plus populaires. Le challenge de ZZ est de créer une équipe à la fois attractive et victorieuse, issue d’un groupe qui a longtemps compté sur les passes d’Antoine Griezmann et les envolées de Kylian Mbappé pour glaner des titres majeurs en contrant les formations rivales ; puis, à l’approche du Mondial 2026, qui a ébauché une évolution vers le football offensif adapté à la classe de ses attaquants et appelé des vœux de nombreux amoureux du ballon rond. Zizou relève le défi. Les quatre premiers matchs de l’ère Zidane sont déjà marqués de la patte du nouveau sélectionneur.

Une équipe joueuse

Zinédine Zidane s’engage à prolonger les succès obtenus par Didier Deschamps en effectuant de vrais changements au niveau du jeu et du choix des hommes. Les récentes rencontres de Ligue des Nations ont montré chez les Bleus une volonté de tenir le ballon, se déplacer avec et sans le cuir ; et d’attaquer ensemble. Les joueurs adhèrent au projet de l’entraîneur. Tant mieux, sachant que l’assimilation d’une nouvelle philosophie du football, puis sa mise en pratique, ne s’improvisent pas. Le coach s’appuie sur le 4-3-3 préférentiel qu’il utilisait au Real Madrid, avec pour credo la possession et le jeu, facilités par un pressing haut. Mais faute d’être systématiquement immédiate et collective, la pression exercée par les Bleus reste déficiente. Zizou le rappelle : « les Français, on préfère courir avec le ballon que courir derrière le ballon ». Tout en appréciant la polyvalence des joueurs, il souhaite les aligner « à leur poste » : Mbappé décalé à gauche et Dembélé au centre de l’attaque, sa place au Paris Saint-Germain, puis repositionné sur l’aile droite. La priorité est donnée aux techniciens tels Camavinga, Da Cunha, Cherki sur les footballeurs athlétiques. Le recours à la jeunesse des Jacquet et Yoro entre dans l’objectif de bâtir une équipe compétitive pour le prochain Euro ; et surtout, apte à triompher au Mondial 2030. L’utilisation régulière de la profondeur du banc doit constituer une arme pour forcer la décision d’un match ; permettre la rotation de l’effectif qui soulage les organismes d’acteurs trop sollicités par l’accumulation des compétitions ; et maintenir motivés tous les membres du Club France. À l’occasion de ses rencontres initiales, en mal de combinaisons de jeu de ses attaquants, la sélection nationale a généré une domination longtemps traduite par une inefficacité offensive ; liée à un manque de verticalité, d’accélération et de prises de risques à l’approche des buts adverses. Les joueurs ont tendance à s’agglutiner face à un infranchissable mur d’opposants. Ils ne parviennent pas encore à bien occuper l’ensemble du terrain et limiter les contre-attaques de rivaux qui ont mis à mal une défense française fragile ; révélant de préoccupantes lacunes individuelles et collectives, spécialement dans le marquage et le jeu aérien. Aux prémices de sa construction, cette équipe manque de leaders capables de guider et transcender leurs partenaires.

Une hiérarchie de joueurs

En défense, Maignan confirme ses qualités de gardien et s’affirme dans son rôle de libéro, précieux dans une équipe à vocation offensive. Il est trop tôt pour évaluer ses possibles remplaçants. Les Bleus peuvent compter sur un Upamecano intraitable dans les duels, appliqué dans sa relance et qui montre l’exemple dans ses prises d’initiatives offensives. Déclencheur de révolte en seconde mi-temps lors de la finale du Mondial 2022 et du récent 1/4 de finale face aux Anglais qui nous évita un affront, « Upa » est digne du capitanat de la Maison Bleue. Dans l’attente d’un retour en forme de Saliba, voire de Konaté, Jacquet et Yoro ont prouvé leur fiabilité, reflet d’une maturité rassurante. Sans convaincre, Lacroix n’a pas démérité. Hélas, pour l’heure nos arrières latéraux ne répondent pas aux critères modernes du foot offensif prôné par Zizou ; ce large éventail de qualités qui fait dire que le piston est un poumon, avec des jambes et des pieds de soie. Un bon défenseur sur l’homme, auquel est exigée une débauche d’énergie afin d’assurer un soutien permanent des milieux de terrain ; de plonger dans son couloir et assister son ailier en recherchant le surnombre ; de déborder l’adversaire ; d’alterner avec précision les centres aériens rentrants et à ras de terre, tendus dans le dos des défenseurs adverses ou en retrait. Autant dire que Zidane est à la recherche des deux moutons bleus à cinq pattes qui permettront à l’ensemble d’exprimer pleinement le potentiel des individualités qui le composent. Un gros chantier, au vu du vaillant Truffert se projetant généreusement vers l’avant, mais qui doit progresser dans le un contre un et affiner sa technicité offensive. À défaut de nous enthousiasmer, Kalulu n’a pas déçu. Malgré un volume de jeu intéressant, le dynamique Andy Diouf, milieu de terrain à l’Inter de Milan, pâtit d’un manque de repères au poste de piston.

L’entrejeu de l’Équipe de France fait naître nos espoirs. Zizou tient à y associer des demis dont la technique et la créativité facilitent une relance de qualité, la possession et l’élaboration d’actions tranchantes. Il faut voir comme un bouquet de promesses la justesse de Da Cunha, la conduite de balle, la hargne et l’activité d’un Camavinga remis de ses blessures, qui n’hésite plus (enfin !) à tirer au but. Cama aura intérêt à quitter le Real pour gagner du temps de jeu si Mourinho ne le titularise pas. À l’écoute de Maître Zidane, l’élève Cherki s’initie aux obligations d’un numéro 10. Avant que son idole lui confie les clefs du camion, il faudra au soldat Rayan, capable de fulgurances, accroître son champ d’action et acquérir une vraie continuité ; en oubliant son penchant à une désinvolture puérile. Pour l’heure, Cherki peut être le super sub de Zizou. Dans le roulement de l’effectif du nouveau sélectionneur, plus que Rabiot, Koné mettra ses aptitudes physiques et techniques au service de sa combattivité. On peut s’attendre à une progression d’Akliouche, demi ou attaquant capable de panache. Quant à Tchouaméni, en se limitant aux tâches défensives de sentinelle devant la défense, il risque de voir son utilisation réduite à des piges pour préserver un résultat favorable.

Le cas Dembélé

En attaque, Ousmane Dembélé est loin d’offrir le rayonnement d’un Ballon d’Or. Traversant une mauvaise passe (!), voilà cet ambidextre longtemps hyperdoué et hélas maladroit des deux pieds devant le but, qui ne réussit plus ses dribbles et tire dans les nuages. Ses coachs Tuchel au Borussia Dortmund et Xavi au Barça ont toujours loué ses irrésistibles débordements sur les ailes, en déplorant son gâchis en conclusion de ses actions ; son inconstance et ses fréquentes lésions musculaires liées à une hygiène de vie peu favorable à la répétition de ses brusques accélérations. En Équipe de France, en 71 sélections, Dembélé a marqué seulement 13 buts malgré les nombreuses opportunités procurées notamment par ses dribbles et frappes sèches. Une telle inefficacité relève d’un désordre psychologique. À 29 ans, Ousmane Dembélé n’était pas préparé à affronter la Dembélémania qui a soudain chamboulé sa vie. Faut dire qu’après avoir marché sur l’eau pendant six mois, ce footballeur apprécié pour sa modestie a été promu au rang d’icône et propulsé à la distinction individuelle suprême par l’empire médiatique qatari (beIN Sports, Groupe Al Jazeera). Humilié par le rejet du contrat pharaonique qu’il proposait à Kylian Mbappé, Nasser al-Khelaïfi est passé de l’amour de son « protégé » à la haine. Il a déclenché une honteuse campagne internationale de dénigrement du Prince de Bondy. Et parallèlement, le Président du PSG (entre autres !) a orchestré une accumulation de louanges du successeur de Kylian devenu buteur et fer de lance de l’attaque, brusquement présenté au monde entier comme le grand héros du premier triomphe européen du Paris Saint-Germain. En vérité, les principaux artisans de la conquête de la première Champions League sont le gardien Donnarumma et Doué. Quant au deuxième succès du PSG en Champions League, il porte la marque de Kvaratskhelia. La tentative de Zizou confiant à l’actuel Ousmane le numéro 9 a été un échec. Si bien qu’au sein d’une Équipe de France dont il est Capitaine, tant qu’il n’aura pas remis sa tête à l’endroit et retrouvé ses sensations, Dembélé ne saurait être qu’un remplaçant à délester de son encombrant brassard. Ne considérons pas Ousmane comme un super crack et soyons indulgents : son statut lui a été imposé !

L’élégance du génie silencieux

D’ores et déjà, Michael Olise est un des meilleurs footballeurs en activité. Ses statistiques de buts marqués et de passes décisives délivrées impressionnent. Son intelligence, sa vision du jeu et son sens collectif en font un ailier droit redoutable finisseur et un numéro 10 qui a l’art de distiller des caviars à ses coéquipiers. Son intimité avec le cuir, sa vélocité balle au pied, une implication dans le jeu d’équipe et un mental qui le pousse à optimiser ses skills le prédestinent au Ballon d’Or. Le style élégant et le port altier de ce magnifique joueur silencieux qui domine le ballon évoquent les Cruyff, Rivera, Platini, Beckenbauer… Zidane (!) et son joueur modèle Francescoli. Heureusement que le Bayern a les reins solides car du côté de Munich, autour de ce garçon silencieux, le chant des sirènes ne fait que commencer !

Un insolent talent

Doué nous a rappelé le gamin qui a éclaboussé de sa classe la finale de Champions League 2025 et rendu des services comme milieu offensif percutant. Il peut imposer sur tout le front de l’attaque son insolente facilité à créer le danger dans les espaces restreints, sa bonne frappe de balle des deux pieds et son culot. Et être décisif, positionné entre Mbappé à gauche et Olise à droite ; ou bien sur une aile, la gauche de préférence. Barcola reste précieux pour sa vélocité. Lepaul ne manque pas de bonne volonté. Mais se présente comme une erreur de casting. Tandis qu’en réserve, la sélection française dispose en Thuram et Mateta de pivots prêts à fixer des défenseurs adverses et faire valoir leur présence aérienne dans les surfaces de réparation, en complément des Saliba, Upamecano, Yoro, Konaté…

Nul n’est prophète…

Dans un pays où la réussite a rarement bonne presse, Mbappé, le formidable footballeur que le monde entier nous envie, est en proie à bien des critiques. Faut-il rappeler que depuis des années, Kylian fait gagner les Bleus en opérant à n’importe quelle place de l’attaque ? ZZ devra lui faire comprendre que compte tenu de l’ambition de postulants du niveau des Yamal, Olise et Kane en particulier, s’il veut le Ballon d’Or que sa classe, sa rapidité et son efficacité exceptionnelles méritent, il doit être exemplaire sur le terrain en s’impliquant dans le pressing et/ou céder son brassard de premier capitaine.

L’école d’Aimé Jacquet

Réjouissons-nous de voir le plaisir que les footballeurs de la nouvelle Équipe de France partagent sur le rectangle vert et au dehors. Le mérite en revient à Zizou qui affiche le sourire de la force tranquille du coach heureux d’être parmi eux. Leur respect pour la légitimité du joueur comme de l’entraîneur triomphants et leur admiration de la légende idolâtrée par leurs parents faciliteront la tâche de ZZ. Et il gagnera leur pleine adhésion grâce à sa valeur humaine. Celle d’une personne qui ne triche pas. Car Zinédine a complété l’enseignement de son père à l’école d’Aimé Jacquet. Il est pénétré de sa conception du foot et de sa capacité à la transmettre à l’ensemble de son team. Des certitudes qu’il tient d’un parcours de gagneur dicté par son intelligence, accompagnée d’une modestie qui lui fait reconnaître puis corriger ses erreurs ; avec la discrétion de qui est à l’écoute des autres. Contrairement à une fausse réputation, Zidane sait communiquer car il a les idées claires ; parle peu, mais vrai. Et aux cœurs. Il aime ses joueurs. Eux le ressentent. On peut penser qu’ils ne voudront pas décevoir leur idole. Pour les amoureux du beau football d’attaque, l’espoir est de mise chez les Bleus.