Violence et racisme : ¡ basta ya !

Violence et racisme : ¡ basta ya !

Les amoureux du ballon rond auront vécu une soirée amère au stade de la Luz où se défiaient deux grandes institutions de l'histoire du football, Benfica et le Real Madrid, en match aller de barrage de la Champions League. Après une belle première mi-temps, puis une perle de but signé Vinícius Jr, la partie a brusquement dégénéré. L'explosion de joie de l'attaquant de couleur brésilien auteur d'un geste magistral a été interrompue par sa colère soudaine, en réaction à une insulte raciste du jeune argentin Prestianni, qui avait pris soin de dissimuler ses lèvres sous son maillot. La violence verbale de l'espoir albiceleste et l'intensité de la révolte de l'ancien joueur du Flamengo indigné ont engendré un recours à la violence et à l'anti-jeu, dans l'antre d'un club traditionnellement friand de beau football. De quoi faire bondir dans sa tombe Eusébio, la panthère noire du Mozambique, légende du grand Benfica. On a même assisté à un déchaînement d'agressions lors du match retour aux abords du Bernabéu de la part de supporters, madrilènes en particulier.

En déplorant de tels comportements, réjouissons-nous des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver qui nous offrent l'exemple d'athlètes et de spectateurs réunis dans un affrontement loyal ; qui s'encouragent, se congratulent, les perdants n'hésitant pas à féliciter leurs vainqueurs.

Collaboration et transparence

Pris par la patrouille, Prestianni campe sur ses positions : il nie avoir qualifié de « mono », singe, le fantasque brésilien qui aurait mal compris ses paroles. Cette version est largement démentie par des témoins merengue qui assurent avoir entendu l'offense articulée à plusieurs reprises par l'Argentin. Là, on doit regretter que le football ne suive pas l'exemple d'autres sports collectifs qui, comme le rugby, pourvoient de micros l'arbitre et chacun de ses assistants, les invitant à mieux collaborer en échangeant leurs doutes, convictions et recommandations qu'ils font partager aux acteurs du jeu comme au public, en totale transparence.

Afin de dissuader les footballeurs de proférer des insultes sur les terrains de jeu, il est devenu logique de leur interdire à présent de se cacher derrière leur maillot.

Polémique addictive

La polémique est servie : des grandes figures du foot montent au créneau exprimer leur indignation. D'autant que chaque semaine dans les stades européens, de telles humiliations sont constatées, en particulier au sein du public, par des prétendus supporters qui se défendent d'en être les auteurs. Des voix rappellent que la véracité des accusations n'est pas prouvée. Certaines excusent l'oriundo inconscient de la gravité de son agression verbale, ou reprochent à Vini ses pas de danse provocateurs face à la tribune de spectateurs portugais. D'autres relativisent la gravité de l'outrage, car « la provoc a toujours fait partie du foot »…

Il est dommage qu'en Argentine, mère de magiciens de la pelota du calibre des Di Stéfano, Sívori, Kempes, Maradona, Messi et de tant d'autres footballeurs artistes, le trucage, la simulation, l'anti-jeu, les provocations et agressions verbales blessantes fleurissent sur les pelouses d'un football où la fin justifie les moyens. Où les porteurs du maillot ciel et blanc doivent être transcendés, à l'instar de l'excellent gardien Emiliano Martínez, phénomène médiatique qui par sa maîtrise de la provocation verbale n'a pas son pareil pour hypnotiser ses adversaires ; et de son rugueux homonyme Lisandro, ou encore du hargneux Enzo Fernández. Cette grande nation du football qui idolâtre Maradona dont la main de tricheur reflèterait la présence de Dieu…

L'imposture

Certes, Vini est un râleur, chambreur, provocateur impénitent, au centre de prises de bec liées à son art du dribble et à une singulière propension aux accrochages avec les adversaires, les arbitres et le public. Mais cela ne saurait justifier son humiliation à travers des propos répugnants, l'ignorance et la bêtise ne pouvant pardonner la méchanceté et la haine.

De grâce, amis de Tiro Libre, dépassons le cadre de la polémique : intéressons-nous à la mission éducationnelle de nos sociétés ; et plus précisément des instances qui gouvernent le football. De même qu'elles doivent combattre le racisme et toutes les formes de violence dans et autour des stades, la FIFA et l'UEFA doivent, entre autres, réduire l'injustice et l'anti-jeu ; préserver la santé des acteurs du spectacle ; favoriser le fair play, le football offensif et spectaculaire… Or, jusqu'à présent, à part d'insipides déclarations d'intention et de timides campagnes de sensibilisation, les hautes autorités du ballon rond n'ont pas accordé à la lutte contre les fléaux du football l'importance qu'elles réservent à la gestion de leurs robustes revenus financiers. Le hooliganisme a pourtant été vaincu. Grâce à la volonté conjuguée des clubs, de la fédération anglaise, et des autorités du Royaume-Uni. Tandis que les belles paroles de l'UEFA et la réticence des clubs à combattre les mauvais comportements ne font toujours pas mentir l'adage selon lequel, contrairement au rugby, « le foot est un sport de gentlemen pratiqué par des voyous ».

Contraintes à l'arbitrage

À différence de l'Ovalie, l'organisation et les règlements du ballon rond sont trop rarement optimisés pour préserver l'intégrité physique des joueurs, faciliter la qualité du jeu et le fair play. La VAR, source précieuse de progrès pour l'éthique sportive, est sous-utilisée en foot : sauf exceptions, elle intervient à la demande de l'arbitre central. Voilà qui ne simplifie pas les prises de décisions de l'homme en noir et n'abrège pas sa solitude, digne du coureur de fond. Sur le rectangle vert comme dans les vestiaires et les studios d'enregistrement des médias, l'arbitre a rarement droit au respect des joueurs, des dirigeants, du public. Ses assistants de terrain ou de la VAR demeurent le plus fréquemment passifs. Dans ce contexte, nos referees rechignent ainsi à sanctionner les fautes volontaires, l'anti-jeu et les gestes dangereux.

Ne disposant pas, comme leurs homologues de nombreuses disciplines sportives, de l'effet dissuasif de l'expulsion temporaire, ils retardent l'attribution des cartons jaunes. Tant ils craignent d'être contraints, à la prochaine infraction des joueurs sanctionnés, de brandir ces cartons rouges synonymes d'expulsion, qui déclenchent invariablement les réactions véhémentes de joueurs, dirigeants, journalistes et du public ; voire la réprobation des dignitaires du ballon rond, décisionnaires dans l'évolution des carrières arbitrales ! Faute d'appliquer le règlement, les arbitres incitent donc les joueurs à multiplier les comportements illicites. Les footballeurs en arrivent à interrompre systématiquement les offensives adverses en tirant le porteur du ballon par le maillot ou en le fauchant. Sur les coups de pied de coin, les surfaces de réparation sont le théâtre de honteuses foires d'empoigne. Et en cours de rencontres, les joueurs ont pris la détestable habitude de se précipiter en nombre pour contester les décisions de l'arbitre central.

Autant de comportements lamentables consentis par un arbitrage laxiste et encouragés par les instances du foot qui transmettent aux arbitres un message clair : « surtout, pas de vague… » Car depuis leurs confortables bureaux dans « une Suisse au-dessus de tout soupçon », la soupe est bonne. Alors pas question de mécontenter certaines fédérations, dont le vote du président est attendu pour faciliter une réélection de Gianni Infantino et d'Aleksander Čeferin, Maîtres de Cérémonies des deux institutions majeures du ballon rond ! Clientélisme, quand tu nous tiens…

Sanctions

La lutte contre le racisme et la violence qui requiert un effort de l'ensemble de la société, concerne en premier les clubs et les fédérations. Pour être efficace, ce combat doit être accompagné d'une fermeté dans l'application aux fauteurs de sanctions exemplaires. Une atteinte à la dignité, à l'honneur de la personne ou un sentiment de haine de la part d'un joueur devraient entraîner sa suspension durant au moins six mois ; et pour un dirigeant ou un spectateur, l'interdiction de fréquenter les stades durant plusieurs années.

En s'inspirant du modèle disciplinaire utilisé notamment en hockey, rugby, basket, handball, toute faute volontaire d'anti-jeu ou de violence devrait se traduire par une suspension du coupable de 10 minutes ; puis à la seconde faute par un carton jaune avec une suspension de 20 minutes ; et par un carton rouge avec expulsion au troisième comportement illicite, voire d'emblée en cas de faute grave.

Le foot de demain

Indissociable de la lutte contre toutes formes de violence, le débat contre le racisme dans le football est aujourd'hui relancé. Il offre l'opportunité d'adapter les règlements du ballon rond en les conformant à l'éthique sportive. Voilà qui demande de la part des instances du sport le plus populaire de la planète une volonté et un courage véritables pour mettre fin à l'immobilisme de l'UEFA, de la FIFA et de leurs fédérations affiliées ; et pourquoi le taire, à la détermination feinte du Président d'une Fédération Internationale de Football Association qui fait officiellement du combat contre le racisme son cheval de bataille, tout en remettant le premier prix FIFA pour la paix* à un Donald Trump engagé à tisser sa toile en guerroyant dans ses routes du chacun pour soie, de Caracas à Cuba, de Gaza à Téhéran ; ce grand prêtre du MAGA qui aurait publié sur son réseau Truth Social une vidéo représentant Michelle et Barack Obama… en singes !**

Pour conclure, amis, empruntons à Kylian Mbappé ses récents mots : « mais quel football voulons-nous laisser demain à nos enfants ? »

* 5 décembre 2025, lors du tirage au sort de la Coupe du Monde 2026, à Washington.

** 5 février 2026, retirée une douzaine d'heures plus tard.