Sacchi le révolutionnaire

Sacchi le révolutionnaire

Le Milan AC de la fin des années 80 a été durant une décennie la formidable équipe de club qui a dominé la planète foot. Et que beaucoup considèrent encore comme la meilleure formation de tous les temps. Ce, grâce à un palmarès particulièrement riche et à la production d’un football irrésistible. Avec des joueurs légendaires et sous la conduite de deux grands entraîneurs : Arrigo Sacchi puis Fabio Capello.

Le collectif avant tout

Chantre du football offensif, Sacchi prônait la primauté du collectif sur l’individu. Il se plaisait à dire : « le talent seul vaut moitié moins que le talent mis au service de l’équipe ». Pour Arrigo Sacchi, de bons footballeurs accompagnés de quelques partenaires valeureux inscrits dans des mécanismes et des schémas deviennent des champions. De son milieu de terrain Colombo, homme de tous les sacrifices, qui colmatait les brèches défensives et dirigeait le pressing en avançant, Sacchi affirmait : « il est tactiquement plus important que Maradona ! » Car pour le coach italien, « tout joueur devient un leader quand il a le ballon ; et tous sont capables de faire le jeu s’ils connaissent leur partition à la perfection ».

L’innovateur (87-91)

À l’entraîneur de Parme dont le football conquérant avait séduit Silvio Berlusconi, 2 ans ont suffi pour hisser le Milan AC sur le toit de l’Europe, 4 pour bâtir un palmarès hors norme. En remportant un scudetto et 3 podiums dans le calcio, alors le championnat le plus relevé au monde ; 2 Coupes des clubs champions, 2 Coupes Intercontinentales, 2 Supercoupes UEFA, 1 Supercoupe d’Italie, 1 place de finaliste de la Coupe d’Italie. Pourtant, plus que par ses triomphes, le maestro Sacchi a profondément marqué l’histoire du football par ses innovations. Dans une Italie ancrée à la culture du catenacciopopularisé par le Milaniste Nereo Rocco et l’Interiste Helenio Herrera, Arrigo Sacchi a bousculé les codes. Il a introduit le pressing haut, la défense de zone et en ligne par des arrières maîtrisant le piège du hors-jeu qui déroute les adversaires non préparés. Il insistait sur l’intelligence collective des joueurs et leur mobilité, les attaquants participant tous à la récupération du ballon et à la construction du jeu, les défenseurs déclenchant les offensives ; et sur la possession de la balle. Autant de concepts désormais adoptés avec succès par la plupart des grandes équipes.

« Il mago di Fusignano »

Arrigo obtenait de ses joueurs l’assimilation de sa philosophie du jeu et l’adhésion à ses principes. Le surnom de « mago di Fusignano » n’a pas été attribué par hasard à ce coach originaire d’une commune d’Émilie-Romagne proche de Ravenne. Pénétré de sa mission éducationnelle, Sacchi faisait partager sa passion pour son système de jeu. Il est ainsi parvenu à intégrer le style du football hollandais du trio de l’« Orange mécanique » Gullit-Rijkaard-Van Basten dans le football moderne. Sacchi fit de Gullit, le populaire « Tulipano nero » aux tresses si appréciées à San Siro, libéro à ses débuts aux Pays-Bas, un attaquant Ballon d’Or au Milan AC ! Le « mister » utilisait le polyvalent Rijkaard au physique de décathlonien en milieu de terrain, ou comme attaquant buteur, voire stoppeur ou libero. Le Batave formait avec Ancelotti, originaire de Reggiolo, autre commune d’Émilie-Romagne, un fameux duo de demis. Autour d’Ancelotti et Baresi, les percées de Maldini fils, d’Evani et les inventions de Donadoni ont transformé le Milan en une machine à gagner, où brillait de mille feux, malgré ses blessures répétées, le triple Ballon d’Or Van Basten. Une équipe conquérante, spectaculaire et innovatrice, au point de modifier la philosophie du ballon rond transalpin ; puis avec Sacchi à la tête de la Squadra Azzurra, de faire en 94 de la sélection italienne une vice-championne du monde, battue en finale par le Brésil, seulement aux tirs au but.

L’humour

Le côté comique de la vie n’échappait pas à cet être passionné et passionnant, qui ne manquait pas de répartie. Aux critiques des sceptiques lui reprochant de ne pas avoir accompli de véritable carrière de joueur avant d’embrasser la carrière d’entraîneur, il avait répondu : « je ne savais pas que pour être un bon jockey, il fallait d’abord avoir été un cheval ».

Le legs

Des cendres du Milan de Sacchi naquit l’invincible Milan de Capello (91-96) : 58 matchs de Serie A sans la moindre défaite entre 91 et 93 ; et seulement 15 buts encaissés en 93-94 ! Le pragmatique Capello a conservé le noyau dur de l’arrière-garde italienne et le trio hollandais ; ainsi que la philosophie du mago, revisitée en un jeu moins offensif, moins spectaculaire mais ô combien efficace ; avec la retraite progressive des Hollandais, remplacés par l’arrivée des divers Desailly, Weah, Savićević, Boban, Papin… Un Milan qui aura glané, notamment, 4 Scudetti en 5 ans, 3 Supercoupes d’Italie, 1 Ligue des Champions et 2 autres finales perdues, 1 Supercoupe UEFA.

Parmi les principaux héritiers de la philosophie du maestro Sacchi, se détachent Guardiola et Klopp. Plus spécialement le Catalan, élève de Cruyff, toujours reconnaissant de l’enseignement du maestro italien qui continue à l’inspirer.