Raymond la science
La vie de Raymond Goethals est une bien belle et longue histoire belge.
Homme de science haut en couleur
Ancien footballeur dont la modeste carrière débuta outre-Quiévrain au poste de gardien de but, l'entraîneur Raymond Goethals est devenu une figure de l'histoire (pas seulement belge) du ballon rond. Dans toutes les équipes qu'il a dirigées, il s'est imposé, tant par ses résultats que par la trace qu'il a laissée derrière lui : en France, au Brésil, au Portugal ; à Marseille où il est une légende… De Bruges à Gand et bien au-delà, le parcours de ce maître tacticien lui a valu le surnom de « Raymond la science », qui lui allait comme un gant ! Au point qu'après un premier séjour à Anderlecht, Bordeaux et l'OM, ces clubs aient de nouveau fait appel à Goethals, afin de bénéficier de l'exercice de sa science. Faut croire que ses services auront été appréciés !
Doté d'une forte personnalité, cet homme fidèle à son imperméable évoquait une version flamande de l'inspecteur Columbo. Cigarette à la bouche, jovial et attachant, il était proche de ses joueurs. Il ne manquait ni d'humour ni de répartie. À telle enseigne qu'il passait pour « le plus drôle de tous les entraîneurs ». Ce chaleureux coach plaisantait régulièrement avec ses footballeurs. Eux estimaient cet original fumeur invétéré de Belgas, dont la compétence était unanimement reconnue. « C'était notre grand-père à tous », disait Jean-Pierre Papin. Lorsqu'à l'Olympique de Marseille il annonça un jour à Canto que pour la prochaine rencontre il serait remplaçant, ce dernier déjà souverain bien avant d'être « Eric the King », déclara majestueusement : « coach, on ne met pas Cantona sur le banc ». Et Goethals de lui répliquer sans se départir de son accent et de son sourire : « eh bien prends une chaise et assieds-toi à côté, alors… » En prenant connaissance du logement que l'OM lui avait choisi, une magnifique suite dans un luxueux hôtel en bord de mer, il avait commenté : « j'ai deux télés, deux WC, mais à quoi ça sert ? Je ne peux en utiliser qu'un à la fois ! »
Vrai, du côté du Vieux Port, les anecdotes et expressions croustillantes de Raymond Goethals sont restées dans les annales des bouillants supporters locaux. Le charismatique entraîneur belge a été la coqueluche des journalistes marseillais qui, à défaut d'annonces sensationnelles, étaient régulièrement en quête d'informations à publier. Avec leur « Raimundo », les conférences de presse étaient des moments de rigolade. Lui avait toujours un bon mot ou quelque formule choc à leur offrir. Raymond la science n'hésitait pas à leur donner du grain à moudre en inventant à leur attention de fausses blessures chez certains joueurs olympiens… qui les apprenaient le lendemain à travers la presse locale !
Entraîneur à succès
À la tête du Standard de Liège, Goethals a remporté 2 Championnats et 2 Coupes de Belgique. Et a été finaliste de la Coupe des Coupes. Avec Anderlecht, il a gagné une Coupe des Coupes, compétition dont il a été finaliste d'une autre édition ; et il a permis à la formation bruxelloise de conquérir 2 Supercoupes d'Europe. Son art, Raymond Goethals l'aura magistralement dispensé à l'Olympique de Marseille, champion de France en 91, échouant de justesse en Coupe d'Europe des Clubs Champions face à l'Étoile rouge de Belgrade et en Coupe de France face à Monaco. En C1, il a dirigé l'OM qui a battu à deux reprises le grand Milan AC, régnant alors en maître sur le foot mondial. Raymond Goethals a été pendant 8 ans sélectionneur national de la Belgique qu'il a menée à la troisième place au championnat d'Europe de 72.
Le chef-d'œuvre
Le masterpiece du coach belge reste la conquête du trophée le plus prestigieux, la Ligue des Champions ; cette Coupe aux Grandes Oreilles qui a fait de l'institution phocéenne durant plus de trois décennies le seul club français parvenu sur le toit du continent. Peuchère ! Pour conduire au succès le onze phocéen, ce winner a étouffé la squadra lombarde par un pressing intense et un recours systématique au hors-jeu, cette défense en ligne qui faisait la force du système de jeu des Milanais ! Une arme redoutable mais dangereuse à utiliser si elle n'est pas parfaitement maîtrisée suite à un énorme travail d'entraînement. Chapeau : Raymond la science leur a joué « l'arroseur arrosé »… En alternant le 3-5-2 et le 5-3-2 et en laissant aux seuls techniciens Abedi Pelé et Chris Waddle une liberté de mouvements pour faciliter leur mission : approvisionner en munitions le buteur de l'équipe, Bokšić, successeur de Papin parti… au Milan !
Les distinctions n'ont pas manqué pour honorer Goethals tout au long de son parcours, notamment son élection par Onze Mondial entraîneur de l'année en 91 et 93 ; Panchina d'oro en 91, puis Panchina d'argento en 92 ; et meilleur entraîneur étranger de l'histoire de la Ligue 1…
Les faux pas
Malheureusement, la glorieuse carrière de Raymond Goethals a été entachée par deux délits : en 83, la caisse noire du Standard de Liège l'avait conduit à une radiation pour un financement illicite perçu. Et 10 années plus tard, il était englué dans la triste affaire Valenciennes - OM qui, pour l'équipe marseillaise, avait signifié l'exclusion des compétitions internationales avec la perte de l'opportunité de disputer la finale intercontinentale et la Supercoupe UEFA.
Dès lors, le rideau se levait sur l'épopée de Tapie et de Goethals. Le meilleur entraîneur de l'histoire du football belge remportait un dernier championnat avec Anderlecht puis mettait un terme à plus de quarante années de son rôle d'acteur majeur dans le monde du ballon rond. Raymond la science est mort en 2004, à 83 ans.