Rabah Madjer, "talon d'Allah"

Rabah Madjer, "talon d'Allah"

30 fois champion et 20 fois vainqueur de la Coupe du Portugal, le FC Porto, éternel rival du Benfica de Lisbonne, est le club lusitanien le plus titré au niveau international ; avec 7 trophées, 2 Coupes intercontinentales et 5 européennes. À son palmarès figurent nombre de records, exploits et récompenses. Parmi les grands joueurs de son histoire, occupe une place particulière l'Algérien Rabah Madjer, attaquant ou playmaker ; excellent buteur doté d'une vitesse d'exécution au service d'une rare qualité de passe et de dribble. Ballon d'Or africain 87, d'argent en 85, de Bronze en 90, il a fait les beaux jours du RC de Paris, de Tours, de Valence ; et du Qatar Sports de Doha dont il fut entraîneur, après avoir dirigé la sélection nationale algérienne.

Match de la honte

Au Mondial 82 en Espagne, la sélection d'Algérie dirigée par Rachid Mekloufi, superbe joueur de l'AS Saint-Étienne dont la carrière en bleu fut interrompue par la guerre d'indépendance de son pays, crée la sensation par une victoire retentissante sur la République Fédérale d'Allemagne ; obtenue par 2 buts à 1, grâce à la belle performance de son astre naissant, le jeune Rabah Madjer. Puis les Fennecs s'inclinent devant l'Autriche 2 à 0 et l'emportent 3 à 2 face au Chili. Le sort de ce groupe doit être scellé lors de son ultime rencontre, un Allemagne - Autriche qui s'annonce disputé. D'emblée, les Allemands marquent le but qui les qualifie au tour suivant. Ce résultat ouvrant aussi la porte de la qualification aux Autrichiens, les footballeurs des deux équipes se contentent dès lors de trottiner dans une caricature d'affrontement. L'enthousiasme des Algériens est douché. L'Algérie mettra des années à digérer la douleur ressentie par cette injustice. Depuis ce « match de la honte », la FIFA fait disputer simultanément les dernières rencontres du premier tour des phases finales de Coupes du Monde, afin de ne pas perturber le spectacle attendu de la principale compétition du sport le plus populaire de la planète ; et d'éviter d'ultérieurs arrangements contraires à l'éthique sportive.

La « madjer »

En 1987, le FC Porto qui vient d'éliminer le grand Dynamo Kiev, retrouve en finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions le Bayern Munich, vainqueur du Real Madrid en demi-finale. Rabah Madjer trouve là l'occasion de se venger du football germanique. Sauf que les Bavarois sont super favoris. Et dès leur ouverture du score, le scénario paraît écrit. Pourtant, à un quart d'heure de la fin de la rencontre, Madjer surprend l'excellent gardien belge Pfaff en se précipitant pour reprendre une balle molle plutôt anodine centrée de la droite, qui traîne près de la cage bavaroise. Le voilà qui réalise une prouesse technique encore jamais vue à ce niveau de la compétition : une talonnade de son pied droit, improvisée sans regarder le ballon, dictée par l'instinct triomphant de son auteur. Cette action d'éclat fait basculer la finale : le Brésilien Juary signe le but de la victoire de Porto trois minutes seulement après l'exploit de Rabah, qui est aussitôt acclamé du côté d'Alger comme le « talon d'Allah ». Sa talonnade devient popularisée en Europe sous le terme de « madjer », aujourd'hui classique de la panoplie des attaquants modernes.

Quelques mois plus tard, Madjer signe le triomphe de Porto en Coupe intercontinentale face au Peñarol de Montevideo, grâce à une autre invention : une chandelle magnifique. Puis en 1990, il mène l'Algérie à la victoire en Coupe d'Afrique.

Rendons à César…

Une décennie plus tôt, du côté de São Paulo, le surnom de « talon de Dieu » avait déjà été attribué au Brésilien Sócrates, légende du football mondial ; incomparable génie créatif célèbre sur le rectangle vert pour son élégance, sa technique raffinée, son exceptionnelle vision du jeu, sa maîtrise des dribbles… et une singulière propension aux passes audacieuses du talon. En particulier à l'aveugle ! À cette époque, son surnom n'avait pas retenu l'attention dans le monde du foot européen, où le ballon rond sud-américain était médiatisé surtout lors des Coupes du Monde des Nations.

Frère de Raí, fameuse figure du PSG, Sócrates aura transcendé le football par ses étonnants talents de milieu de terrain, son charisme et son engagement. Son leadership en fit le cofondateur de la « Democracia Corinthiana », une expérience unique d'autogestion par les joueurs mettant à profit leur notoriété pour promouvoir leurs idéaux, en réponse à la dictature qui régnait au pays de la samba : le mot de « Democracia » figurait sur les maillots de ces footballeurs ; vainqueurs, s'il vous plaît, de trois titres de champions de l'État de São Paulo !