Premier Mondial
Entre les années 1920 et 1930, le football fleurissait essentiellement en Uruguay et en Argentine, où étaient réunis les meilleurs joueurs de la planète. Disputée en 1930 à l’embouchure du Río de la Plata, la première finale de Coupe du Monde opposa la Celeste à l’Albiceleste, les deux sélections qui, deux ans plus tôt, avaient brigué la médaille d’or olympique, remportée en 24 comme en 28 par l’Uruguay.
Collégiens en croisière
Sous l’impulsion de son Président Jules Rimet, infatigable porteur du développement international du foot dans le respect des valeurs du sport, la FIFA choisit l’Uruguay comme pays organisateur, pour fêter le centenaire de l’indépendance du pays ; et aussi parce que malgré le Krach de 1929, l'Uruguay acceptait de construire un nouveau stade, « el Centenario » ; et de prendre en charge les frais de déplacement des 13 équipes ; dont 4 européennes, invitées à l’aller comme au retour, à une croisière transatlantique de deux semaines en paquebot. La traversée initiale partit de Gênes avec à son bord la délégation roumaine, suivie à Villefranche-sur-Mer par son homologue française arrivée en train depuis Paris ; auxquelles se joignirent la sélection belge à Barcelone et la brésilienne à Rio. Une croisière bon enfant, où dans la gaieté et l’amitié les délégations partagèrent entraînements sur les ponts et dans les piscines ainsi que distractions : les petits chevaux, le cinéma, la comédie, sans oublier le footing nocturne derrière les belles passagères, les soirées dansantes et les batailles de polochons ! Diététique et cryothérapie n’étaient alors pas de mise. Cette croisière de l’insouciance et de la fraternité reste un des plus beaux moments de l’histoire de la Coupe du Monde. Du vieux continent, ne manquait que la délégation yougoslave, arrivée sur un autre paquebot. Parmi les 2 000 passagers de l’inoubliable traversée au départ de Gênes, telle La Castafiore, la cantatrice Marthe Nespoulous sur le point d’entamer une tournée en Amérique du Sud, donnait à cette croisière des allures d’aventures de Tintin en partance pour Montevideo. Les héros de cette traversée furent accueillis au port par 10 000 personnes enthousiastes !
À « l’embouchure » du fleuve
Avant 1924, l’Europe ignorait ce football sud-américain si lointain du vieux continent ; pourtant pratiqué par de fins techniciens, au sein d’équipes qui ne s’embarrassaient pas de considérations tactiques. Au point que lors de leur première rencontre des J.O. de Paris face à une sélection européenne, les Yougoslaves, qui prenaient de haut les représentants de la Celeste, encaissèrent un cinglant 7 à 0 ! En réalité, importé par les marins britanniques, le foot avait progressé dans les quartiers populaires de Montevideo et Buenos Aires. Devenu sport de masse, ce jeu élégant et technique était devenu un symbole d’émancipation sociale. Bientôt, aux deux « sœurs » du Río de la Plata, allait s’ajouter le Brésil… Tandis que les Européens prêtaient peu d’attention au football sud-américain et à l’estuaire du Río de la Plata ; et que les Anglais, pères du ballon rond, continuaient à se considérer les maîtres du jeu.
Trompettes…
La grande finale de l’embouchure a symbolisé la domination du Río de la Plata sur le reste du monde du football. Elle a comblé les organisateurs et les supporters locaux : les Argentins menaient 2 buts à 1 à la mi-temps. Les Uruguayens l’emportèrent 4 à 2. Au-delà de ce résultat, la mission du visionnaire Jules Rimet était accomplie : impulser à la FIFA l’élan et la renommée que mérite le développement universel de l’esprit sportif. En songeant aux actuels Blatter et Infantino, il nous vient de penser que le nom de « Fleuve de l’Argent » reflète l’espoir des premiers conquistadores remontant le fleuve en quête de richesses. Empruntons à Georges Brassens notre conclusion : « Trompettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées » !