Mutation bleue
Les nations candidates à la victoire au Mondial 2026 ne manquent pas d’arguments : notamment l’Argentine constituée autour d’un inoxydable Messi ; l’Espagne forte de son tiki-taka et de sa prolifique académie de La Masia ; le Portugal qui réunit des footballeurs de talent dans toutes ses lignes ; l’Angleterre toujours sûre d’elle, confiante dans la classe d’un Harry Kane en pleine possession de ses moyens ; l’Allemagne qui parie sur l’effet retard d’une double affirmation de Musiala et de Wirtz ; le Brésil, nation reine du football à la recherche d’un sixième trophée ; et l’Équipe de France qui poursuit la mutation de son système de jeu.
Peu spectaculaire, le football pragmatique de Didier Deschamps a été validé, en particulier, par un triomphe en 2018 et un titre de Vice-Champion du Monde en 2022. Riche de son expérience victorieuse de joueur et capitaine d’équipe, de l’OM à la Juve, comme chez les Bleus d’Aimé Jacquet, puis en tant qu’entraîneur de Monaco, la Juve, l’OM et à la tête de la sélection nationale, Deschamps a toujours prôné un foot réaliste ; basé sur une bonne assise défensive, grâce à la contribution de précieux duos de demis défensifs vaillants et attentifs, à l’image de son association à Petit ou Vieira, des tandems Matuidi-Kanté ou Rabiot-Tchouaméni ; avec des play makers inspirants tels Zidane et Djorkaeff, ou Griezmann et Pogba, afin de faciliter l’approvisionnement en bons ballons de Thierry Henry et le décollage de la fusée Mbappé transcendée par son culot. Deschamps a coutume de reproduire dans les formations qu’il dirige l’esprit collectif et l’organisation tactique chers à Aimé Jacquet.
Voilà le sélectionneur national aujourd’hui contraint de trouver la formule qui mette en valeur le talent de ses attaquants sans affaiblir le milieu de terrain et le compartiment défensif de la formation. Le choix de joueurs complémentaires et adaptés à la nouvelle stratégie se précise progressivement. Vrai, jusqu’à la rencontre face à l’Irak, l’assimilation de la philosophie et la mise en place du schéma de jeu avaient généré plus de préoccupations que de satisfactions. Rarement dominateurs, les demis de l’Équipe de France parvenaient difficilement à fournir en munitions leurs talentueux avants. Ces derniers plus encore que les premiers, longtemps rétifs à assurer systématiquement un pressing collectif volontariste, privaient leur arrière-garde d’une ligne initiale de défense efficace. Et en l’absence de véritables pistons, les milieux de terrain se retrouvaient souvent en sous-nombre. Faute d’un bloc défense compact, malgré leurs indiscutables qualités, les arrières centraux étaient fréquemment isolés pour affronter sereinement les vagues offensives des équipes rivales. Les matchs contre l’Irak et la Norvège ont montré de notables améliorations, tant individuellement que collectivement. Tous les espoirs sont désormais permis, avec le spectaculaire retour aux affaires de Dembélé et un Mbappé revêtu de l’habit de capitaine (presque) exemplaire, rayonnant, dispensant à ses coéquipiers l’optimisme d’un leadership rassurant.
SOS pistons
Le schéma tactique plus ambitieux souhaité à présent par Deschamps pour les Bleus implique en permanence la participation au jeu de deux véritables pistons. Malheureusement, on est loin du compte : les arrières latéraux reproduisent leurs décevantes prestations de cette saison en club. Ils ne sont pas au niveau requis pour assurer aux Français de jouer les premiers rôles à la grande fête quadriennale du football international : Théo Hernandez demeure l’ombre du joueur auquel Maldini himself n’hésitait pas à confier le brassard de capitaine du Milan. Et malgré sa bonne volonté, Koundé n’apporte pas grand-chose au jeu d’attaque : il ne déborde pas, ses centres sont rarement précis et son travail défensif peu convaincant. Le dynamique Malo Gusto, le guerrier Lucas Hernandez et surtout l’étonnant joker Zaïre-Emery doivent ronger leur frein. Avec Digne, ils sont prêts à renforcer l’équipe. Chacun d’eux mériteraient d’avoir la possibilité de s’imposer au sein de la sélection nationale.
Michael dépendance
Tant que l’imprévisible Rayan Cherki ne met pas plus d’application et de simplicité dans son jeu, l’EdF disposera comme play maker créatif du seul Michael Olise, très sollicité depuis bientôt deux ans, de Crystal Palace au Bayern et en équipe nationale. Avec les matchs à élimination directe, il devient urgent de ménager notre diamant, pièce maîtresse de l’élaboration du jeu offensif des Bleus, afin d’ambitionner la reconquête d’une Coupe du Monde où la chaleur va mettre à contribution des organismes éprouvés par une longue et exigeante saison : plus que jamais, il faut sauver de ses démons le génial mais fantasque soldat Ryan !
De l’audace !
Le pragmatique Didier Deschamps doit aller au bout de ses choix : comme il a su par le passé faire de l’Équipe de France une machine rodée au foot de contre-attaque, il doit procurer à ses attaquants vif-argent un soutien continu, afin de transformer les Bleus en une irrésistible bande de copains, dominatrice, conquérante ; et solidaire pour garantir une véritable protection de la cage d’un Maignan qui semble opportunément retrouver sa forme internationale.
Quelle que soit l’issue du Mondial 2026, DD serait coupable de cantonner cette génération de surdoués dans un football encore trop craintif et renonciateur. Et un second triomphe des Bleus de Deschamps assurerait au natif de Bayonne une sortie de l’arène footballistique par la Puerta Grande. Et une place privilégiée au Panthéon du ballon rond français. Gageons que l’intelligence de notre coach lui commandera le juste choix : l’audace !