Mondial 1938 : vents de guerre

Mondial 1938 : vents de guerre

La Coupe du Monde 1938 s’est déroulée dans un contexte de forte tension géopolitique : la fantastique Wunderteam autrichienne à peine phagocytée par l’Anschluss de l’Allemagne hitlérienne, la sélection espagnole plongée dans sa sanglante guerre civile avait déclaré forfait. Et malgré les sanctions britanniques et françaises, l’Italie de Mussolini qui avait constitué un Empire africain, était le principal allié de l’Allemagne nazie. Pour la France, pays organisateur de ce Mondial, les Jeux Olympiques de 36 à Berlin faisaient figure de simple promenade de santé !

Nation hôte de la compétition, la France nourrissait de légitimes ambitions car elle disposait d’une bonne équipe, autour d’authentiques leaders : le gardien Di Lorto et le Capitaine Mattler, tous deux du FC Sochaux ; l’attaquant Jean Nicolas du FC Rouen, buteur prolifique. Tout à leur rêve de consécration mondiale, les Parisiens impatients de connaître le souffle de l’épique sportive, ne prêtaient pas l’oreille au bruit sourd des canons perceptible au loin, annonciateur du fracas des bottes sur les pavés de la capitale.

Le onze noir

Le 12 juin, au stade olympique Yves-du-Manoir à Colombes, les Coqs affrontaient la redoutable sélection italienne, détentrice du Mondial 34, de la Coupe Intercontinentale et de l’or olympique. Cette formation transalpine était conduite par Vittorio Pozzo, considéré comme le meilleur entraîneur de l’histoire du Calcio. Elle comptait dans ses rangs une super star : Silvio Piola, remarquable technicien, prototype de l’attaquant moderne, buteur et acrobate, grand par la taille et le talent. Pozzo était soutenu en milieu de terrain par Meazza, footballeur de classe qui a laissé son nom au stade San Siro de Milan et par les actions lumineuses du créatif (véloce !) Ferrari ; en attaque par les échappées en débordements de l’ailier Biavati ; avec une défense intraitable, à l’image de l’Uruguayen neutralisé Andreolo et du gardien Olivieri. Cette équipe était supérieure dans le jeu et plus rapide que sa devancière championne du monde, grâce à des joueurs qui caressaient le ballon avant de le frapper violemment en le dirigeant avec précision vers la cage adverse. Mussolini avait imposé à cette ambassadrice du fascisme italien le port symbolique du maillot noir et le salut fasciste dirigé aux tribunes avant le match. Les sifflets et insultes adressés en réponse par la foule laissaient présager d’une rencontre sous très haute tension. Heureusement, le public fit preuve de sportivité : l’indiscutable succès 3 à 1 des joueurs en noir fut reconnu et salué par une standing ovation. Au côté des supporters italiens, les Français applaudissaient la belle équipe qui, après deux Coupes Intercontinentales (27-30 et 33-35), deux Championnats du Monde (34 et 38) et un titre olympique (36), s’apprêtait à battre le Brésil puis à remporter le titre en finale contre la Hongrie.

Guerre et paix

Ainsi, dans une Europe ballottée par des vents de guerre, l’esprit sportif régnait dans les stades et tout autour. Triste caprice de l’histoire du ballon rond, c’est en temps de guerre que le coup d’envoi du Mondial 2026 a été donné par le « sémillant » Infantino, ami déclaré de l’inénarrable Trump qui compte encore sur la réussite de « sa » Coupe du Monde américaine pour décrocher le prix lui a refusé le Comité Nobel de la Paix ! À défaut de réussite, puissent les spectateurs et les suiveurs de la nouvelle compétition s’inspirer de l’exemple de son édition 1938, comme de la joie des merveilleux supporters lensois lors du récent triomphe de leur équipe en Coupe de France ! Et surtout, amis de Tiro Libre, souhaitons être épargnés des lamentables comportements observés avant, pendant et après la seconde victoire du PSG en Coupe d’Europe !