Maledizione azzurra
L'Italie est encore sous le choc : la Squadra Azzurra sera absente de la phase finale de Coupe du Monde de football pour la troisième fois consécutivement, éliminée par la modeste Bosnie-Herzégovine ! Un drame en trois actes au pays du Calcio où l'amour du foot n'est pas un vain mot ; dans une des nations les plus influentes et les plus titrées de l'histoire du ballon rond, à laquelle on doit un immense héritage, tant sur le plan sportif que culturel. Certains médias transalpins invoquent une malédiction frappant leur équipe de cœur.
La nazionale
La Squadra Azzurra est l'une des sélections nationales les plus titrées : Championne du Monde à 4 reprises (1934, 38, 82, 2006) ; 2 fois Championne d'Europe (68, 2021) ; Championne Olympique (36) ; finaliste de la Coupe des Confédérations (2013).
Le squadre italiane
Les équipes italiennes ont longtemps dominé l'Europe et le monde du foot. Notamment avec 12 triomphes en Coupe d'Europe (Milan AC, 7 ; Inter de Milan, 3 ; Juventus, 2), 9 en Coupes UEFA/Ligue Europa (Juventus et Inter, 3 ; Parma, 2 ; Napoli, 1), 7 en Coupe des Coupes (Milan AC, 2 ; Juventus, Lazio, Sampdoria, Fiorentina, Parma, 1).
Tanti fuoriclasse
L'Italie a donné au football 5 Ballons d'Or : Sivori (1961), Rivera (69), Rossi (82), Roberto Baggio (93), Cannavaro (2006). Et de nombreux autres joueurs de classe : Piola, Meazza, Mazzola père et fils, Bulgarelli, Baresi, Maldini père et fils, Del Piero, Totti, Buffon, Zoff, Pirlo, Riva, Cabrini, Facchetti, Corsi, Antonioni… Auxquels il convient d'associer les oriundi, ces joueurs d'origine italienne nés à l'étranger, qui ont porté la maglia azzurra, en particulier sudaméricains. La Série A aura attiré nombre des meilleurs joueurs étrangers, qui en ont fait durant plusieurs décennies le championnat le plus regardé du monde. De 1980 à 90, à l'exception de Belanov en 86, tous les Ballons d'Or exercent leurs talents dans la botte transalpine ! De 90 à 2000, tous sauf Stoikhov en 94, jouent ou s'apprêtent à jouer en Italie. Certains des cracks de l'époque sont devenus des icônes locales : Maradona auquel les Napolitains continuent à vouer un culte ; « San Michele » Platini à Turin ; Falcao, ultime « empereur de Rome »…
Ces grands joueurs étaient entourés d'une interminable liste de footballeurs talentueux venus de tous horizons. Parmi les Brésiliens, se détachent Altafini ; Zico, le « Pelé blanc » ; Amarildo ; Ronaldo « le phénomène » ; Kaká ; Ronaldinho ; il Dottore Sócrates, « talon de dieu » ; Dirceu ; Junior, brillant piston, ou central, ou bien milieu ou même numéro 10 ; la « mitraillette » Careca ; Adriano ; Dida ; Alex ; Jair ; Motta ; Maicon ; Julio César… De la colonie argentine, les plus marquants sont Zanetti, légende de l'Inter ; Cambiasso ; Crespo ; « Batigol » Batistuta ; Passarella ; « el puntero » Bertoni ; Caniggia ; Milito ; Higuaín ; Dybala… L'Uruguayen Francescoli ; les Ballons d'Or allemands Rummenigge, Matthäus, Sammer et leurs compatriotes Hansi Müller, Briegel ; les Ballons d'Or hollandais Van Basten (à trois reprises) et Gullit, Rijkaard, Kieft… Les Espagnols Suárez (Ballon d'Or), Del Sol, Guardiola, Torres, Fàbregas, Morata, Piqué… Les Anglais Trevor Francis ; Gascoigne ; l'Irlandais Brady ; le Gallois Rush ; les Ballons d'Or français Papin et Zidane, les Bleus Deschamps, Desailly, Thierry Henry, Trézéguet, Thuram, Daniel Bravo, Pirès… Les Ballons d'Or Shevchenko l'Ukrainien et Nedvěd le Tchèque, leurs pendants africains Weah et Eto'o ; Lukaku, l'inoxydable buteur Cristiano Ronaldo. Et tant d'autres…
Allenatori
Dans la tradition des mythiques Pozzo et Nereo Rocco, l'Italie a régulièrement fourni des entraîneurs aux principales équipes d'Europe : Trapattoni, Capello, il maestro Sacchi, Ancelotti, Lippi, Conte, Mancini, Inzaghi…
Une institution culturelle
Révolutionnaire en son temps et lié à des succès probants, le redoutable catenaccio a été largement imité. On a justement reproché à l'Italie l'application de son système défensif pragmatique au mépris du spectacle, souvent accompagnée d'un encouragement au jeu dur et à l'anti-jeu. Tandis que la Suisse de Karl Rappan a été citée en modèle pour son « verrou » tout aussi défensif, qui lui avait valu une troisième place à la Coupe du Monde 1954. Et alors que l'on assiste dans tous les sports collectifs au succès de formations bâties sur une défense solide.
Le Calcio est une institution culturelle, avec ses derbys légendaires (Milan vs Inter, Roma vs Lazio, Juventus vs Torino) et ses stades emblématiques (San Siro, Olimpico, Juventus Stadium de Turin…). Un rayonnement qui attira longtemps les oriundi et les plus fameux talents de la planète foot qui ont trouvé dans la péninsule transalpine une terre d'accueil. La victoire en Coupe du Monde 1934 doit beaucoup à l'apport des Argentins Monti, Guaita (Roma), Orsi (Juventus), Demaria (Inter). Ont participé au triomphe de 2006 Camoranesi (Juve) et Motta (Inter). Zanetti est une légende de l'Inter… « El pibe de oro » à Naples, le triple Ballon d'Or Platini à Turin, Zlatan à Milan, sont devenus des icônes locales, au-delà du sport.
L'Italie a été pionnière dans l'analyse tactique, la préparation physique et la gestion des clubs. Avec le suivi permanent de médias comme La Gazzetta dello Sport.
Renouveler le futur
D'anciens joueurs italiens fameux, comme Mauro de la Juve et les Ballons d'Or Gianni Rivera et Roberto Baggio, n'ont pas attendu la troisième élimination consécutive du Mondial pour attirer l'attention des autorités sur la nécessité d'une refonte et d'une modernisation du secteur technique de la FIGC, Federazione Italiana Giuoco Calcio ; en particulier la détection et la formation des jeunes footballeurs à fort potentiel ainsi que leur accompagnement pour faire croître leurs talents techniques : trop d'importance est donnée aujourd'hui aux qualités physiques et à la tactique, aux dépens des vertus techniques. Une pratique qui en France, en raison de qualités athlétiques jugées insuffisantes, aura contraint un Griezmann à s'expatrier en Espagne afin de poursuivre son apprentissage de footballeur. En 2011, suite à l'élimination de l'Italie du Mondial sud-africain, furent nommés Roberto Baggio Président du Secteur Technique de la FIGC et Arrigo Sacchi Coordinateur des Équipes Nationales de Jeunes. Un an après, « il divin codino » remit à la Federcalcio un rapport de 600 pages, établi avec la participation d'une cinquantaine de personnes : « Renouveler le futur ».
Omerta
« Quand on a présenté ce travail, ils nous ont fait attendre cinq heures dans l'antichambre pour nous laisser parler une quinzaine de minutes ! », a raconté l'ancien glorieux numéro 10. Ce rapport n'a jamais été rendu public par la fédération. Son projet resté lettre morte, Roberto Baggio démissionna en janvier 93. Les crédits alors alloués ne sont jamais arrivés : fi de la modernisation des structures techniques et informatiques, de l'unité à la formation des techniciens, encore régulièrement confiée à des initiatives individuelles, isolées… Curieusement, très peu de gens ont eu accès à ce dossier et qui y a travaillé préfère ne pas en parler.
Lors de chacune des trois éliminations de la Squadra Azzurra à la Coupe du Monde, le sujet du dossier « Renouveler le futur » est revenu sur le tapis, telle la valise de Pulp Fiction dont Tarantino n'a jamais communiqué le contenu. Baggio a précisé que ce plan de modernisation prévoyait la création d'une centaine de centres fédéraux répartis sur toute la Botte ; la récolte systématique de données monitorées localement ; un scouting centré prioritairement sur les qualités techniques, les valeurs humaines et l'intelligence de jeu des jeunes pousses ; la formation d'Instructeurs Fédéraux dotés de diplômes universitaires et de qualités éducatives ; la création d'un groupe de chercheurs fédéraux universitaires en contact permanent avec les hommes de terrain…
Italian connection
L'envoyé spécial US Paolo Zampelli, affairiste proche de Donald Trump, ancien agent de mannequins, vient de suggérer au Président de la FIFA, le Suisse Gianni Infantino, ainsi qu'à Trump leader du pays co-organisateur de la Coupe du Monde, de remplacer l'Iran (qui avait déclaré en mars ne pas pouvoir honorer sa sélection dans la compétition suite aux assassinats de ses leaders et aux bombardements subis, mais confirme sa ferme intention de prendre part à la fête mondiale du football) par l'Italie pour participer au tournoi.* Voilà qui ouvre un nouveau chapitre de l'Italian connection ! Et du grain à moudre au moulin de la géopolitique du ballon rond.
Forza !
Indépendamment de la représentation de la République islamique d'Iran au Mondial 2026, invoquer une malédiction pesant sur la sélection italienne n'est pas de mise. Grande nation du football, l'Italie doit se remettre en question. L'opulente Premier League, les investissements massifs provenant des autocraties moyen-orientales, des fonds de pension américains et d'oligarques n'expliquent pas l'état actuel désastreux du foot transalpin. Les instances italiennes du ballon rond gagneraient à s'inspirer de l'exemple de leur jeune rugby, dont la remarquable progression lui permet de rivaliser avec les meilleures nations européennes. Le travail, l'ouverture aux techniciens étrangers, la transparence, ces terreaux fertiles en Ovalie, doivent être de règle dans le Calcio. Hors omerta, forza Italia !
* Financial Times, 21/4/2026