L'homme aux 7 Coupes d'Europe

L'homme aux 7 Coupes d'Europe

« C'est la vie belle et parfois cruelle d'un entraîneur », concluait un Carlo Ancelotti amer, à peine sacré champion d'Allemagne et injustement destitué du Bayern Munich.

Un palmarès inégalé

Footballeur intelligent et technique, bon passeur doté d'une claire vision du football, il était apprécié pour sa capacité à organiser le jeu et son leadership sur le rectangle vert. Sélectionné à 26 reprises dans la Squadra Azzurra, il participa à 2 Coupes du Monde, avec une troisième place en 90 ; et à 1 Championnat d'Europe. Avec la Roma, il a remporté le scudettoet 2 Coupes d'Italie ; avec le Milan AC, 2 Coupes des Clubs Champions, 2 Supercoupes d'Europe, 2 Coupes Intercontinentales. Son mentor, Arrigo Sacchi, l'appelait son « entraîneur sur le terrain ». Ses problèmes de genou l'amenèrent trop tôt à mettre fin à sa belle carrière. Les crampons raccrochés, le Maestro Arrigo en fit son adjoint à la Squadra Azzurra. Il fut ainsi vice-champion du monde. Puis son CV d'entraîneur s'est avéré encore plus impressionnant que celui du joueur. Parmi les coachs, il détient le record du nombre de finales de Coupe d'Europe des clubs champions disputées : 6. Et de triomphes : 5. Auxquels s'ajoutent notamment 3 Supercoupes UEFA, 2 Supercoupes d'Espagne, 2 Coupes du Monde FIFA, 1 Coupe Intercontinentale FIFA. Ancelotti est aussi le seul vainqueur des 5 grands championnats européens : Serie APremier League, Ligue 1, BundesligaLiga. Un palmarès qualitativement supérieur aux 49 succès de Sir Alex Ferguson.

Entraîneur hors norme

Du Suédois Nils Liedholm, son premier Maître à la Roma puis au Milan, Carlo Ancelotti a gardé le goût d'une philosophie humaine du management, au service d'un football technique et rationnel. Il se plaît à le rappeler : « je ne suis pas un entraîneur, je suis une personne ». Au plus fort des pressions imposées par le foot de haut niveau, même au cours des grands matchs, il garde son calme et rassure ses joueurs. Il accepte leur colère exercée contre le coach, mais pas contre la personne. Il ne s'attarde pas trop sur ses erreurs, ni sur celles de ses footballeurs. Il est ainsi parvenu à gérer des vestiaires brûlants comme le Real et le PSG, avec l'ego de superstars à fortes personnalités comme Zlatan Ibrahimović ; qui a même accepté le carton atterri un jour sur sa tête en présence de ses coéquipiers, suite à un coup de pied du « Mister » exceptionnellement énervé ! Naviguant entre les attentes des joueurs et celles des présidents, Ancelotti sait créer l'équilibre au sein d'un vestiaire composé de footballeurs en concurrence permanente ; et le protéger des interventions des Berlusconi, Abramovich, Florentino Pérez, Nasser Al-Khelaïfi ; et des interférences provenant de l'extérieur. Partout où il est passé, Carlo Ancelotti a suscité le respect et l'estime des joueurs, comme des dirigeants, du public et des médias. Ce n'est pas par hasard que la fédération brésilienne l'a longtemps courtisé avant qu'il accepte de diriger la Seleção en vue de la Coupe du Monde 2026.

Papa Noël

Le tacticien a d'abord appliqué le 4-4-2 tout en pressing, appris à l'école de Sacchi. Puis il a adapté l'organisation de ses équipes aux joueurs à sa disposition, s'efforçant de mettre chacun en mesure de donner le meilleur de lui-même. Il s'est progressivement converti au 4-3-3. Et a enfin adopté le 4-3-2-1, son fameux « sapin de Noël », popularisé à travers son livre Mes secrets d'entraîneur. Mais beaucoup plus que les systèmes et plans de jeu exposés au tableau noir, l'Italien croit en un dialogue permanent pour comprendre ses ragazzi et leurs attentes, qu'il essaye de satisfaire en motivant ses joueurs. Au management imposé et autoritaire, Ancelotti préfère la recherche d'une conviction des acteurs du jeu, fruit d'un partage des stratégies adoptées. Pour son humour, son intelligence émotionnelle, ce sage tranquille et réfléchi n'a pas son pareil pour faire face à l'impatience et aux aspirations des supporters, des médias et des présidents de clubs.

Dans un milieu où cohérence, patience et compréhension ne sont pas de règle, les partisans de la fermeté, de la discipline et des éclats de voix n'ont pas épargné Ancelotti ; dénigrant son comportement de bon papa, jugé trop amical et qualifié de faiblesse ; et raillant son arbre de Noël. Dès que les résultats des formations qu'il a dirigées ne répondaient pas aux désirs de son président, c'était haro sur le baudet. Ses détracteurs ont pu ainsi précipiter le licenciement de l'entraîneur le plus couronné de l'histoire, nommé à plusieurs reprises meilleur entraîneur européen et admis au Hall of Fame ; mais limogé en juin 2000 de la Juventus, en mai 2011 de Chelsea, en mai 2015 et juin 2025 du Real Madrid, en septembre 2017 du Bayern. De quoi surprendre à propos d'un coach au palmarès aussi glorieux ; et dont la philosophie est basée sur l'équilibre. Qui au Milan a transformé Pirlo en un grand milieu de terrain ? Qui a obtenu à Chelsea la coopération de fortes personnalités comme Drogba, Anelka et Fernando Torres pour un doublé coupe-championnat ? Lui qui, au Real, aura permis à Benzema de faire oublier Cristiano Ronaldo et facilité l'éclosion de Vinícius Júnior.

Politique interne

Quitte à marcher sur la tête, les présidents des grands clubs de football ne sont pas à un paradoxe près. Surtout pour faciliter le renouvellement de la confiance des actionnaires et autres socios avant une assemblée générale, en neutralisant les grincheux de tout poil. Politique, quand tu nous tiens… À quelques mois du Mondial américain, voilà l'homme des 5 Coupes aux grandes oreilles à la tête de la Seleção aux 5 Coupes du Monde. Pourrons-nous, amis de Tiro Libre, nous dire surpris si une nouvelle étoile embellit bientôt les palmarès respectifs du Brésil et d'Ancelotti ?