Finales historiques (III) « La finale du millénaire »
La dernière finale de la Ligue des Champions du XXème siècle fut qualifiée de « finale du millénaire ». Disputée au Camp Nou de Barcelone, elle reste gravée dans les mémoires. Elle n'a pas trahi les attentes des suiveurs du foot, des amateurs de scénarios rocambolesques et des passionnés de suspense hitchcockien : la victoire du Manchester United de Sir Alex Ferguson fut acquise en 120 secondes, durant les arrêts de jeu ! Au coup de sifflet final de Pierluigi Collina, star italienne de l'arbitrage, le Président de l'UEFA, Lennart Johansson, avait déjà quitté son siège en tribune d'honneur et se trouvait sur le terrain pour remettre le trophée... au Capitaine du Bayern Munich, Lothar Matthäus. Car les Bavarois menaient depuis le coup franc marqué par Basler dès la 6ème minute et avaient dominé la rencontre. Ni les joueurs, ni les 90 000 spectateurs annoncés ne pouvaient prévoir un tel dénouement. Mais les dieux du football en avaient décidé autrement. Et Johansson tendit la Coupe aux grandes oreilles à Peter Schmeichel, porteur du brassard en l'absence de Roy Keane suspendu : les Mancuniens avaient renversé la table à la 91ème et à la 93ème minute de la rencontre. Le mythe du Fergie time était né.
Coaching gagnant
Sir Alex fit entrer ses deux attaquants remplaçants en seconde mi-temps : Teddy Sheringham, qui convertit en but un tir raté de Ryan Giggs ; et le Norvégien Ole Gunnar Solskjær qui marqua d'une pichenette dans la lucarne, suite à un corner. Sur le rectangle vert et dans tout le stade, on passa alors de l'euphorie et du bonheur de ceux qui réalisaient l'exploit accompli aux larmes et à la détresse de ceux qui ne comprenaient pas le brutal renversement de situation dont ils étaient acteurs ou témoins. Alex Ferguson exultait. Il avait construit son groupe de Red Devils depuis la saison 86-87. Gagné son premier championnat en 92-93. Six ans plus tard, il conduisait la génération des Ryan Giggs, Paul Scholes, Nicky Butt, David Beckham, Gary et Phil Neville sur le toit de l'Europe. Grâce à la même rage de vaincre et le même amour de ses « enfants » que Matt Busby, cet autre Écossais qui en 68 avait porté au sacre continental ses babes, le Manchester United de George Best et Bobby Charlton. Ce trophée, Ferguson le soulèverait à nouveau en 2008. Sous sa direction, son mythique Man U remporta 13 championnats, 5 FA Cups, 4 coupes de la Ligue anglaise, 10 Charity/Community Shields (la Supercoupe anglaise), 2 Ligues des Champions, 1 Supercoupe européenne, 1 Coupe intercontinentale et 1 Coupe du Monde des Clubs. Mais plus que toutes ces autres victoires glorieuses, le triomphe dans l'inoubliable « finale du millénaire » avait l'incomparable saveur d'une surprise absolue.
Coaching perdant
Alors que le Bayern gérait son but d'avance en contrôlant parfaitement le match, à la 80ème minute, son entraîneur Ottmar Hitzfeld avait remplacé son valeureux capitaine et leader charismatique Lothar Matthäus, protagoniste de 5 Coupes du Monde et ce soir-là encore impeccable meneur de jeu en position de libero. À 38 ans, ce grand Monsieur du football n'avait jamais remporté la Ligue des Champions. Au moment où il savourait enfin ce moment en point d'orgue à une magnifique carrière, il voyait son rêve brusquement s'envoler. À seulement deux minutes du terme de cette finale.
Vrai, le football qui fait naître de grandes joies, est aussi parfois un jeu bien cruel.