Direction Budapest
Au sortir de la phase initiale de Champions League, gardons-nous de pronostics hâtifs : le vainqueur de la Coupe aux Grandes Oreilles est rarement l'équipe la plus impressionnante au début d'une compétition toujours plus longue et exigeante. Parmi les 8 clubs directement qualifiés, ne figurent pas le PSG tenant du titre et le Real Madrid qui compte 15 sacres.
PSG en attente
Dans l'attente du retour en forme du Ballon d'Or Dembélé, du Golden Boy Doué, des Kvaratskhelia et autres Neves, le Paris Saint-Germain peut s'appuyer sur un fond de jeu collectif précieux ; sur un effectif de qualité, avec des rôles clairement répartis entre des footballeurs adhérant au système de jeu de l'équipe et rompus aux permutations de postes ; sur la continuité d'un management sportif cohérent du tandem Luis Enrique-Luís Campos ; sur un avisé Vitinha à la baguette. Quand les leaders du PSG s'exprimeront selon leurs standards, les Parisiens devraient être de sérieux protagonistes de cette Ligue des Champions.
« Madrid fatal »
L'actuel Real Madrid ne saurait être un prétendant au sacre européen. Les Merengue n'ont rien perdu de leurs défauts de ces dernières saisons : une attitude et un comportement empreints d'une suffisance qui explique leur manque de combativité et d'énergie, leur apathie et leur persistant refus d'un pressing collectif systématique. Privés de véritable jeu d'équipe, de soutien au porteur du ballon, de partage des tâches défensives, ces Madrilènes cultivent leurs lacunes : une arrière-garde fébrile où les joueurs passifs, délaissés par leurs partenaires de l'entrejeu, défendent en reculant, sans vraiment attaquer l'adversaire en possession du cuir ; et faute de meneur de jeu, un milieu de terrain statique, en mal d'initiatives, incapable de créer du liant entre les secteurs offensifs et défensifs. De surcroît, le rendement depuis de longs mois de joueurs supposés importants comme Vinícius, Bellingham et Rodrygo est très insuffisant. Les piètres performances de l'équipe ont conduit, quelques mois après la mise à l'écart de « Carletto » Ancelotti, au limogeage de l'entraîneur Xabi Alonso ; figure du club et du football européen, qui a démontré sa compétence à la tête du Bayer Leverkusen, vite remplacé par Arbeloa, un néophyte. Mais en licenciant l'entraîneur qui n'aura pas eu le temps de corriger les erreurs et mauvaises habitudes héritées des exercices précédents, Florentino Pérez a cédé devant la traditionnelle grogne madridista des socios et des médias sitôt que leur club de cœur ne répond pas à leurs attentes. Le malaise dans la Maison Blanche ayant été aggravé par les états d'âme et plaintes de certains joueurs mécontents, en sanctionnant le coach, le Président a cautionné les footballeurs responsables des mauvais résultats du Real par leurs piteuses prestations. Les seuls soutiens à Xabi Alonso sont venus de Courtois et Mbappé, les deux joueurs qui sauvent la Maison Blanche grâce à leur très bon niveau de performances depuis le début de la saison ; sans lesquels ce Real serait une équipe vulgaire : Courtois et Mbappé.
Dans une Institution qui se veut exemplaire, faire porter le chapeau des mauvais résultats et de la pauvreté du jeu à des entraîneurs à durée de vie limitée est un mauvais message transmis à des enfants gâtés qui jouent les stars. Voilà qui évoque une présidence aux abois. Et ne présage pas dans l'immédiat du sursaut qu'on est en droit d'attendre du plus grand club du monde. À croire que le Real de l'après Carlo Ancelotti suivrait le mauvais exemple du Manchester United post Sir Alex Ferguson.
Bayern Munich : la force tranquille
Le retour progressif de Musiala au premier plan devrait booster le Bayern qui impressionne par la qualité de son modèle collectif interprété par des joueurs performants dans chaque ligne et qui tient en Harry Kane le meilleur attaquant du moment ; buteur sans pitié et insatiable animateur disponible en permanence sur tout le front de l'attaque ; à la fois 9, 9 et demi et 10, qui trouve en Michael Olise et Luis Díaz deux partenaires complémentaires et talentueux. Habitués des débuts de compétition brillants, les Bavarois de Vincent Kompany ont cette année les moyens d'aller au bout de l'aventure.
Arsenal : qui trop embrasse…
Les Gunners doivent leur parcours flatteur à un esprit d'équipe jamais pris en défaut et à un effectif complet, chaque poste étant doublé par des footballeurs à la fiabilité établie. Ce, en un moment où la concurrence anglaise a marqué le pas : en phase de reconstruction, City et Liverpool ont payé physiquement et psychologiquement le prix de l'usure causée par la répétition de plusieurs saisons de domination sur la Premier League. Sky Blues et Reds tardent à retrouver leur statut. Faut dire qu'à ce stade de la Ligue des Champions, rares sont les principales formations continentales qui tournent à plein régime. Arsenal est riche de bons joueurs, mais manque de footballeurs d'indiscutable classe internationale. Ses deux meilleurs éléments, Martin Ødegaard et Bukayo Saka ne sont pas aujourd'hui au top de leur condition. Le nombre incroyable de buts marqués par les Londoniens sur coups de pied arrêtés reflète un excellent teamwork, mais rend compte de l'absence d'un top player en attaque, en particulier d'un serial killer. Si les Gunners l'emportent en Premier League, ils le devront à leur résilience et à la régression de City. Leurs ambitions affichées sont méritoires. Mais ils ne semblent pas suffisamment armés pour triompher sur tous les tableaux dans des compétitions énergivores.
La convalescence de Manchester City
Meilleure équipe de Premier League en première mi-temps et la pire en deuxième période, de phases de guérison en rechutes les Cityzens alternent les séquences de maîtrise dans la possession et les déconvenues d'une défense horizontale en proie à la facilité : un relâchement coupable dans une Premier League où la compétitivité et l'intensité n'invitent pas à la désinvolture ! L'ex formation épouvantail ne fait plus peur et le Norvégien Haaland est en hibernation. Il est grand temps que le genou de Rodri permette au Ballon d'Or 2024 de faire à nouveau rayonner sa plénitude sur l'entrejeu des Sky Blues.
Man U : les bonnes intentions…
…L'enfer d'Old Trafford en est pavé : poursuivis ces dernières années par leurs démons, le turnover des coachs et un recrutement de joueurs plus dispendieux que judicieux, les Red Devils semblent vouloir enfin oublier leurs saisons de galère. De là à les voir taquiner les meilleurs, « it's a long, long way ». Alors, Wait and see…
Imprévisible Chelsea
L'histoire a démontré que même en mal de continuité dans leurs performances, les Blues ne doivent pas être écartés comme outsiders. Ils disposent en Enzo Fernández et Caicedo d'une bonne assise en milieu de terrain. Devant, Estêvão est capable de fulgurances. Si Cole Palmer redevient le superbe joueur que curieusement Guardiola n'a pas su déceler, tout est possible à ces Chelsea men.
Barça made in La Masia
Fidèles à leur appétence pour un beau football offensif, les blaugrana confirment leur maîtrise collective d'un jeu abouti ; enseigné dans le prolifique centre de formation voulu par Johan Cruyff. Avec Pedri, Raphinha, Lewandowski et le prodige Yamal, ils alignent la meilleure division offensive d'Europe. L'affirmation des Fermín López, Dani Olmo, Éric García, Cubarsí, Gavi entre autres pousses du vivier catalan, ainsi que l'apport d'un Rashford régénéré offrent autant d'alternatives intéressantes aux titulaires. De plus, Frenkie de Jong montre désormais la continuité que son talent naturel méritait. Malheureusement, pour voyager en Europe, le secteur défensif du Barça n'offre pas une assurance tous risques.
L'éternel Inter de Milan
Les coriaces Intéristes restent des compétiteurs à ne pas négliger. Ils bénéficient d'une défense traditionnellement solide et en attaque de l'excellent Lautaro Martínez, bien épaulé par Marcus Thuram. Mais Cristian Chivu et ses hommes auront sans doute du mal à tenir la dragée haute aux rivaux ambitieux qui se présenteront sur la route de Budapest.
Avant la grande finale du 30 mai au Puskás Ferenc Stadion, variations climatiques aidant, il coulera beaucoup d'eau sous les ponts du Danube. La marche pour accéder au toit de l'Europe du football est ouverte !