Coupe Rimet : destinée
En juin 1970, au stade Aztèque de Mexico, devant plus de 100 000 spectateurs, la Coupe Jules Rimet attendait le vainqueur de la finale du Mondial pour aller trôner dans la vitrine des trophées de la première équipe nationale qui remporterait son troisième triomphe dans la compétition reine du football. Car les deux finalistes, l'Italie et le Brésil, avaient déjà gagné la Coupe du Monde par deux fois. Les vaillants et rusés Azzurri ne purent rien face à la magnifique Seleção conduite par l'inimitable Roi Pelé.
Symbole de bonheur
Porté tel un dieu par ses coéquipiers, en particulier les prestigieux Tostão, Rivelino, Gérson, Jairzinho, tous numéros 10 de classe (sans compter Paulo César !), Pelé, seul footballeur de l'histoire ayant remporté trois Coupes du Monde, montrait à la foule cette Coupe Jules Rimet définitivement remise au Brésil, qui l'envahissait de bonheur. Le hasard du destin faisait bien les choses puisque l'objet du Graal des footballeurs du monde entier était l'original de 1930 : ce chef-d'œuvre Liberty figurant la déesse de la Victoire, Niké, tenant un calice octogonal, l'ensemble reposant sur une base en lapis-lazuli, elle aussi octogonale. Cette coupe légendaire de 35 centimètres de haut et de plus de 3,8 kilos en argent plaqué or aura connu un destin fabuleux.
Une vie aventureuse
La Coupe Rimet aura été tour à tour un symbole de bonheur et un objet de malheur, au gré d'étranges épisodes qui ont jalonné sa vie riche d'aventures. En 1941, la Coupe avait échappé aux Nazis grâce au Président de la Fédération italienne de football, Ottorino (aucun rapport avec la « Coupe aux grandes oreilles » !) ; et Barassi, Vice-Président de la FIFA, qui avait dissimulé le précieux objet dans une boîte à chaussures, sous le lit matrimonial, lors d'une perquisition des Allemands ! En 43, la Coupe fut cachée dans la maison de campagne de l'ancien centre-avant de la sélection italienne, Aldo Cevenini. En 46, la voilà au Grand-Duché du Luxembourg. En 50, elle fut restituée à la FIFA avant le Mondial du Brésil. En mars 1966, avant la World Cup anglaise, la Coupe Jules Rimet fut dérobée à Londres, lors de sa présentation dans le cadre d'une exposition de philatélie. Shocking ! De quoi jeter l'opprobre sur la nation mère du football. Scotland Yard avait là matière à rappeler au monde son efficacité légendaire. Une lettre anonyme accompagnée d'une partie de la base octogonale de la Coupe avait ouvert les tractations avec la fédération anglaise. C'est alors que la Coupe Rimet fut retrouvée par un chien sans pedigree, en promenade avec son maître dans un parc de la capitale anglaise. S'agissait-il d'une copie ? L'original avait-il été fondu ? L'histoire ne précise pas si le vol de bijoux de la couronne française survenu au Louvre après les Jeux olympiques de Paris a évoqué à nos amis anglais (dont le sens de l'humour n'est jamais pris en défaut) ces rocambolesques épisodes londoniens. Le présumé voleur inculpé fut libéré sur caution et mourut bientôt. C'était le premier d'une longue série de morts liés de près ou de loin à la Coupe Jules Rimet. Le président de la FIFA mourut quelques semaines plus tard. À son tour, le chien subit le même sort, étranglé par sa laisse en poursuivant un chat. Fallait-il avoir recours aux services d'Agatha Christie ? L'English Football Association, qui se vit refusée sa demande de création d'une réplique à présenter à l'occasion de célébrations de la victoire de 66, en commanda pourtant à un bijoutier londonien une copie en bronze doré, utilisée jusqu'en 1970 ; puis restituée à son créateur. En 83, des voleurs pénétrant au siège de la Fédération brésilienne de football, s'emparèrent du trophée qu'ils firent fondre. Vite découverts et exposés à la vindicte populaire, ils connurent une triste fin et le père de leur leader mourut rongé par la honte. En 84, la Fédération brésilienne en commanda une nouvelle réplique, en utilisant les 1,8 kg d'or reçus du Président João Baptista de Oliveira Figueiredo. En 97, la fameuse réplique de la Coupe Rimet soumise aux enchères rapporta à la FIFA 254 500 euros. La copie fut certifiée et exposée au National Football Museum de Preston.
La Coupe actuelle
En 71, suite à la remise au Brésil de la Coupe Jules Rimet, fut lancé par la FIFA un concours pour la création d'une nouvelle Coupe ; dont le vainqueur, le sculpteur milanais Silvio Gazzaniga, concepteur notamment de la Coupe UEFA, la Supercoupe d'Europe, la Coupe des moins de 21 ans, a réalisé un chef-d'œuvre en termes de beauté et de symboles, devenu aussitôt une icône du Pop Art : une sculpture en or massif de 18 carats mesurant 36,8 centimètres et pesant plus de 6 kilos, qui repose sur une base de deux bandes de malachite verte. Sous sa base, sont gravés dans la langue de la nation victorieuse les noms des équipes qui, depuis 74, se sont adjugées le trophée en remportant le Mondial. Seuls les vainqueurs, les Chefs d'État et le Président de la FIFA peuvent toucher l'original. En 2038, faute de place pour inscrire le nom du vainqueur, sera alors passé le témoin. Pour l'heure, quelle nation verra cet été son nom à jamais gravé sous la base de la magnifique statuette ?